Qui fait une ville?

Frances Foster est une artiste visuelle basé à Montréal. Avec des autres résidents, elle a joué un rôle clé dans la préservation d’un espace vert dans le quartier de Marconi-Alexandra dès 2013. Elle a été presque évicté en 2022. Cette entrevue est dédiée à ceux et celles qui contribuent à créer des lieux importants dans nos villes. Cette publication fait partie de mon infolettre, Choses Sauvages. Inscrivez-vous ici.

1) Pourquoi est-ce que tu as voulu avoir un parc?

Notre quartier est Marconi-Alexandra, ou Mile-Ex, comme il avait été rebaptisé en 2012, subissait une profonde gentrification qui avait commencé au début des années 2000. Un nouveau campus, appelé MIL, était à l’horizon. Ceci était un projet de grande envergure mené par l’Université de Montréal ainsi que par tous les niveaux du gouvernement qui visait à développer une communauté universitaire comprenant de condos, logement social et logements pour les étudiants. Le terrain où ce développement s’aller dérouler était une fois des voies de garage et de triages ferroviaires. L’impact de ce développement aux alentours de ce quartier, le nôtre inclus, a signifié un afflux d’investissement qui a enchaîné plusieurs années de construction et de redéveloppement urbain. Marconi-Alexander était une petite communauté essentiellement séparée auparavant par le chemin de fer. Pendant plusieurs années, il fallait utiliser un passage souterrain pour aller d’un côté à l’autre. Après le déplacement du chemin de fer dans les années 90, la Ville (de Montréal) a envisagé la renaissance d’un secteur de la ville qui était très pauvre et hautement industrialisé.

La jungle urbaine en 2008 (Crdit: Frances Foster)

J’ai découvert la voie ferrée abandonnée et j’ai témoigné son évolution pendant plusieurs années: un oasis urbain avec une végétation semblable à une jungle. J’ai appelé ce lieu « Parc des Gorilles ». C’était l’un des seuls espaces verts de Marconi-Alexander. L’ouverture du campus MIL, en 2011, a été précédée de consultations publiques menées par la Ville de Montréal avec les communautés aux alentours qui seraient les plus impactées. J’ai assisté à une importante réunion au cours de laquelle j’ai pu indiquer sur la carte où précisément Parc des Gorilles, pourrait devenir un espace vert officiel dont le quartier avait gravement besoin pour lutter contre l’effet d’îlot de chaleur.

Gorille dans la jungle urbaine (Crédit: Frances Foster)

En 2012, un promoteur immobilier proposait de convertir une vieille usine de vêtements en condos. Cette proposition a déclenché un autre processus de consultation publique avec les résidents du quartier. Avec un résident, j’ai rédigé un dossier pour le OCPM (Office de Consultation Publique de Montréal) où on a mis l’accent de nouveau sur le besoin d’un espace vert pour la communauté. En mai 2013, la jungle sauvage urbaine a été sauvagement détruite. Ceci a déclenché des protestations et des mobilisations de la part des résidents avec le but de récupérer cette forêt urbaine. Notre groupe, les Ami.es du Parc des Gorilles, a dû travailler fort pour faire que cet endroit soit maintenant un véritable bijou de la biodiversité, où on pratique le jardinage correctif à côté de trois mini forêts qui rétablissent l’espace sauvage original. Parc des Gorilles a été officiellement inauguré le 24 septembre 2024. Cela a coïncidé avec la Journée mondiale des gorilles!

2) Que veux-tu que ça soit ton lègue?

Je ris! Si je peux me permettre quelques mots sur le sujet, j’aimerais remercier le grand guide spiritueux, mystérieux – ça ne m’importe pas comment tu veux l’appeler – pour m’aider à faire ressortir mon gorille intérieur, qui a influencé mon attitude militante pendant les premiers jours, semaine et mois qui sont devenus des années. Ceci a contribué à l’évolution de ma conscience sociale. Je me souviens, pendant mon enfance, comment les pratiques d’exploitation forestière par brûlis ont été utilisées pour la construction des projets immobiliers dans le même moule. Je me sentais impuissante lorsque j’avais 10 ans et je voyais ma cour de récréation disparaître. J’étais peinée que les habitats de tant d’espèces détruits, y compris la biodiversité et la forêt, qui, dans ma tête d’enfant, étaient des amis. Après avoir peint et dessiné la plupart de ma vie, je ressens que Parc de Gorilles est devenu la meilleure ou l’ultime expérience créative. Le fait d’être persévérante et de m’être dévouée à la plantation d’une forêt faisant partie du tissu artistique créatif de ma communauté, ça me faire sentir des émotions que j’ai du mal à expliquer. Je suis fière, mais pas d’une manière vaniteuse ou prétentieuse mais plutôt en tant que quelqu’un qui contribue à récupérer ce qu’a été détruit. Éventuellement, je ne serai plus ici pour voir « ma forêt » pousser et atteindre sa maturité, pour ressentir ses racines, pour être inspiré par ses branches, ses feuilles et son tronc. Mais, j’ai l’impression que je formerai toujours partie des arbres même, si je ne suis plus là, en chair et en os!

Cérémonie d’inauguration de Parc des Gorilles (Crédit: Frances Foster)

3) Tu as dû lutter pour éviter d’être évicter. Ça, malgré avoir joué un rôle incontournable dans la création d’un parc qui capte l’attention au-delà de Montréal. Que doivent faire les Urbanistes et les élus pour maintenir les personnes comme toi qui contribuent à bâtir des places publiques dans leurs villes?

Ma lutte contre l’éviction est toujours douloureuse, même après trois ans. Cependant, nous vivons en paix et c’est un bon très bon résultat. C’était étrange de devoir se battre pour s’assurer qu’il y ait un espace vert dans notre communauté. Puis, mon voisin et moi, ont dû affronter un autre défi pour défendre notre maison et studios. J’ai pris une décision consciente de rester et lutter. Il y avait plusieurs qui pensaient on devrait prendre le rachat, mais l’idée de quitter ma maison et studio ainsi que Parc des Gorilles ne faisait pas partie de mes plans. Nous étions parmi les premiers à s’installer dans ce bâtiment il y a plus que 30 ans alors, et j’imagine qu’avoir cette trajectoire nous a aidé. Puisque nous avions joué un rôle clé de chapeauter Parc des Gorilles jusqu’à son inauguration, ceci nous a motivé à poursuivre notre bataille pour rester chez nous. À mon avis, si la ville invite le public à participer dans les divers projets municipaux visant à bénéficier la qualité de vie de la ville et les droits du grand public alors les élus et les employés municipaux doivent reconnaître le rôle important de ces individus lorsqu’ils exercent leurs droits démocratiques locaux. Il y avait aussi une intrigue avec les évictions car une distillerie devait s’installer dans notre bâtiment. Heureusement, nous avons trouvé l’avis de consultation publique concernant ce projet, ce qui a permis à la communauté, complètement opposée à ce projet concernant en raison de ses conséquences environnementales, de réagir.

Vue aérienne de Parc des Gorilles (Obtenu via Instagram)

En décembre 2021, j’ai contacté Le Devoir, journal influent publier en français, et l’article détaillant notre lutte a apparu sur la une du journal! Ceci a déclenché une autre bataille de David contre Goliath résultat avec le résultat qu’un groupe de cinéastes documentaristes nous a approché pour documenter notre lutte à travers un court métrage documentaire appelé « Juste un toit – Losing your home », réalisé en 2023. J’ai été un peu déçue que ni l’arrondissement, ni la ville n’aient pas pris une position publique plus forte pendant cette période. Le dernier coup était la visite d’un député provincial à mon studio et après a fait une publication sur les réseaux sociaux décrivant notre lutte. Quelques belles photos et phrases d’une personne dans un poste d’autorité ont certainement aider à convaincre le propriétaire de faire pas en arrière en juin 2023. Le Conseil de l’arrondissement a voté contre la distillerie.

Quelques mois plus tard, j’ai assisté à une conférence de presse qui faisait pression au gouvernement provinciale a baissé l’âge de protection contre les évictions à 65 ans. Selon la loi Françoise David, les personnes à faible revenu qui sont locataires au même endroit pendant 10 ans sont protégés contre les évictions. Ceux et celles qui ont moins de 70 ans ne sont pas protégés par cette loi. Nous avons témoigné plusieurs locataires de longue date qui souffraient des évictions. Ça semblait être une autre pandémie. Quelques semaines plus tard, le gouvernement de la CAQ a baissé l’âge à 65 ans et a mis en place un moratoire sur les évictions.

Je suis soulagé et reconnaissante que le grand esprit m’a aidé pour que je puisse continuer à former partie de notre replantation historique et à témoigner la sauvagerie de notre petit terrain qui était la source de notre lutte mais qui a été aussi une inspiration pour une site durable pour tous et toutes! Vive Parc des Gorilles!


Visitez la page web de Frances Foster ici.

Quelle est la relation entre les parcs et l’urbanisme?

Les orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) au Québec guident l’application de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme et priorisent les problématiques auxquelles les municipalités doivent s’atteler. Parc des Gorilles pourrait être considéré comme une solution fondée sur la nature. Parmi les OGATs, ce parc aborde Attente 1.1.2 qui stipule “Augmenter la résilience des communautés face aux impacts des changements climatiques”. Aussi, cette attente privilégie les infrastructures naturelles et on trouve des exemples à Parc des Gorilles comme la gestion écologique des eaux pluviales sur place.

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